Des Enfants et des ruines 2021, 66 minutes

Un film écrit et réalisé par Alain Mazars
Sélectionné au FID de Marseille et au FCDEP de Paris 2021

Synopsis

Inspiré de peurs et hantises archaïques, ce film en 16 mm tourné en Espagne renoue avec cet esprit de recherche ayant débuté avec le cinéma muet, avec des compositions musicales aussi essentielles que les dialogues dans un long métrage parlant. Le personnage principal est une petite fille évoluant encore à un stade précédant l'âge dit de raison. L'enfant appréhende le monde qui l'entoure en fermant les yeux sur le réel immédiat, à travers le rêve et les fictions qu'elle invente, établissant des relations secrètes entre les choses. Pourquoi des ruines ? Parce qu'elles représentent visuellement une aspiration à reconstruire un autre monde à partir de l'ancien. Comment un enfant peut-il procéder à cette reconstruction à partir d'un récit où la signification de tout ce qui l'entoure est à réinventer ? Encore à l'âge où l'esprit n'est pas commandé par la rationalité, la fillette tente d'établir les règles d'un jeu racontant l'histoire de son frère mutique, mais elle se heurte à une série d'obstacles l'obligeant à reprendre son récit sous un autre angle. Le film progresse de la même manière, de sorte que les retours en arrière, la multiplication des approches récurrentes créent une espèce de labyrinthe qui dit la difficulté d'appréhender le sens. Le désir de narration est ici mis à l'épreuve, face à un récit inspiré par l'attraction primitive des petits enfants pour les contes.

FID de Marseille 2021.

« Le titre livre l'essentiel : avenir articulé au passé. Filmés en 16 mm dans un décor de ruines sous une lumière éclatante, un gamin mutique et une fillette peu loquace sont les protagonistes de cette très belle ritournelle cinématographique. S'y ajoute un adulte, silhouette inquiétante dont on ignore la nature. Le cinéma primitif est évidemment le grand modèle ici, et qui qui nourrit avec force chacun des plans : abstraction, jeu appuyé de contrastes, répétitions, économie narrative. Expérience labyrinthique et envoûtante, c'est de foi qu'il retourne, celle dans un cinéma qui revendique le mystère, et auquel Alain Mazars nous convie avec conviction. » Jean-Pierre Rehm

POSITIF. déc-21.

« ... Pour Alain Mazars, que Positif suit depuis longtemps, « le cinéma n'est pas condamné à n'être que dramaturgique ». Captivant, Des Enfants et des ruines paraît être son « jour du chasseur ». Par les jeux et par les rêves, entre un frère et un père, une fillette parcourt le labyrinthe de sa propre reconstruction... » Nicolas Geneix

« Ouvrant vers un imaginaire de la ruine à hauteur d'enfants, l'un des plus beaux films que j'ai vus ces derrières années, situé pour moi entre Allemagne année 0, Stalker et La Nuit du chasseur ... » Christophe Cognet, auteur-réalisateur

« Ce film m'a profondément impressionné. Il s'agit d'un travail sur des thèmes et des motifs détachés des urgences de l'instant pour atteindre des strates profondes de notre expérience sociale et culturelle où ils peuvent dialoguer avec des allégories, des mythes, des obscurités, bref, tout ce qui constitue le substrat de nos angoisses, de nos désirs et de nos espérances. J'ai rarement vu une utilisation aussi simple et intelligente de la caméra basculée dans un sens ou dans l'autre à 90° pour construire des relations figures/fonds aussi puissantes, des effets d'accélération, de papillonnement ou de sautes aussi justes et rythmiquement nécessaires. Je suis baba d'admiration devant la netteté de ce parti consistant à nous enfermer dans un cauchemar presque sans fin, avec seulement quatre acteurs et une gare abandonnée. Des critères selon moi parfaitement objectifs justifient de tenir ce film pour un chef d'oeuvre du cinéma expérimental... » Frédéric Tachou, cinéaste, membre du Collectif Jeune Cinéma