Rouges Silences 1979, 55 minutes

Un film écrit et réalisé par Alain Mazars.
Fiction expérimentale tournée en France.
Sélection du Festival "Cinéma en marge" de Paris.

Jean-Jacques Bernard.

Voici un film époustouflant. D'abord par le rythme des images, scansions visuelles, extrêmement rigoureux, des cadrages, une lumière, une direction d'acteurs, bref une concentration des éléments cinématographiques qui existe avant tout pour l'efficacité. Mais pas cette efficacité narrative dont nous abreuve le cinéma américain, mais réellement une efficacité professionnelle qui donne à chaque plan une dynamique, une force, une intention aboutie. Ici, les codes du fantastique sont à la fois amplifiés et distanciés par une plastique expressionniste qui pour la première fois peut-être dans l'expressionnisme prend l'humour en compte. Certains très gros plans de fleurs, d'insectes, font penser à la prose d'un Caillois dont je ne connaissais pas jusqu'ici d'équivalent au cinéma. Il existe dans ce film un double mouvement. En même temps, une sorte de retenue des plans et une boulimie, une frénésie à filmer, qui nous trouble et nous emporte dans une façon de voir qui nous était inconnue. Voici un film qui prend en compte tout un héritage plastique et narratif et qui le passe à la moulinette d'un style terriblement personnel. 

Gilles Colpart.

.. Ici, les références abondent, que ce soit au cinéma métaphysico-fantastique d'Europe du nord ou au langage cinématographique communément appelé bressonien. Ces parentés s'englobent dans une création originale, très personnelle, scellée du souci constant d'une esthétique et d'un montage maîtrisés le plus parfaitement possible. Une oeuvre d'auteur, révélatrice d'un univers propre et d'un talent qui n'ont rien à voir avec les étiquettes et classifications toutes faites.