Tout un monde lointain 2015, 88 minutes

Scénario, réalisation, image et montage : Alain MAZARS
Productrice deléguée : Catherine DUSSART
son : Romaric Nereau
Musique : Jessica Mazars
Genre : Long-métrage de fiction
Interprètes Principaux :
Win Thiri New
Ma Phyu
Moe Moe Khaing
Patrick Laurent
Isi Dhamma.
Sortie en salles le 1 février 2017.
Sélectionné par le Musée Guimet et le Festival International du Cinéma Asiatique de Tours

Synopsis

L'action se situe en Birmanie. Thiri, qui rêve de devenir écrivaine, tombe amoureuse d'un voyageur européen. Momo croit lire dans la pensée d'un énigmatique ermite occidental ressemblant au Christ. Ada est prête, par amour pour un moine, à devenir nonne. À travers les itinéraires entrecroisés de ces trois personnages féminins, se dessine la réalité actuelle d'un pays d'Asie en pleine mutation, face au monde occidental.

Interview d'Alain Mazars

Y-a-t-il une source d'inspiration de départ particulière ?

J'ai été d'emblée frappé par la place de la spiritualité dans le mode de vie des birmans. Là-bas, le bouddhisme est une religion d'état, pratiquée par la grande majorité de la population birmane. Mais du fait de la diversité ethnique du pays, l'Islam et le christianisme coexistent. Le point de départ du film était d'écrire un scénario où le point de vue serait exclusivement féminin et birman. C'est un point de vue fictif, bien sûr, puisque je suis français mais il est aussi ethnologique. Il s'agissait de me détacher de mon identité européenne pour adopter les schémas de pensée d'une autre culture. Et le titre du film, TOUT UN MONDE LOINTAIN, ne désigne pas la Birmanie vue de l'Occident, mais au contraire l'Europe vue par des femmes asiatiques.

Pourquoi les personnages occidentaux ne parlent-t-ils pas ?

Seuls les birmans parlent dans ce film parce que le point de vue que j'adopte est totalement birman. Tout se passe au niveau inconscient, sans passer par la parole, comme dans un rêve. Tous les personnages sont dans la situation de personnes en pleine introspection. Ils vivent dans une sorte de monde parallèle, entre veille et sommeil, dans une sorte de rêve éveillé. Le spectateur occidental peut avoir la sensation d'assister à une expérience onirique. Mais, du point de vue birman, cet état a un nom : ça s'appelle la méditation. C'est une pratique quotidienne connue de tous les birmans. Et la première règle de cette pratique est de s'abstenir de toute parole, en mettant de côté toutes ses habitudes et en se concentrant sur sa respiration.

Mais pourquoi avoir fait de ces européens, dont on devrait se sentir proches, des énigmes ?

Si j'avais voulu simplement réaliser un film d'introduction à la culture birmane, j'aurais effectivement invité le spectateur à s'identifier à l'un des européens du film. Mais ce n'était pas mon objectif. J'ai voulu amener le spectateur occidental à s'interroger sur lui-même à partir de l'exploration d'un autre territoire que le sien. Tout le film est basé sur les signes apparents des comportements et leur interprétation. Mais tout est faux-semblant et rien n'est certain. Toute perception peut être remise en question à tout moment. Des énigmes sont posées, des solutions provisoires sont émises avant que les mystères ne s'épaississent. Même si on rejette toute croyance religieuse, on peut difficilement nier que nous sommes tous habités par un mystère. Dans ce film, j'ai voulu développer l'idée que tout être humain est une énigme, pour les autres mais aussi pour lui-même. On croit connaître ses voisins et ses proches mais les connaît-on vraiment et se connaissent-ils eux-mêmes ? Si on se pose sincèrement cette question, on ne peut que remettre en question l'idée de "personne" et donc l'idée d'une narration reposant sur l'évolution de liens entre des personnages. Pour moi, ce qui est le plus important dans les relations humaines ne repose pas sur la parole. L'essentiel de la communication se situe pour moi dans un échange invisible entre les inconscients des individus. Et l'inconscient , territoire qui demeure aujourd'hui mystérieux, stimule ce qui me paraît encore le plus important dans nos vies : l'imaginaire.

Devrait-on se sentir plus en empathie avec vos personnages birmans qu'avec vos occidentaux ?

La plupart des birmans croient vraiment aux fantômes et aux incarnations d'êtres plus incroyables encore. Pour le spectateur occidental, je suis bien conscient que c'est difficile. Mais l'un des défis du film est là : s'approcher de ce qui est inconnu du spectateur occidental - la vie intérieure de personnages birmans - face à des européens déracinés, qui peuvent s'avérer encore plus énigmatiques que les habitants d'un pays mystérieux. Pour nos héroïnes birmanes, ces occidentaux, aussi étrangers et lointains que des extraterrestres, d'apparence si irréelle qu'ils font penser à des fantômes, ne sont en fait que des catalyseurs stimulant leur imaginaire. Pourtant, ces occidentaux exilés sont bien réels : ils sont comme des enfants perdus, plongés dans un monde inconnu. En état de crise, devenus étrangers à eux-mêmes, ils sont pour moi une image de l'état dépressif latent de la société européenne actuelle.

L'HUMANITE. février 2017.

Magique. Cinéaste français spécialiste de l'Asie, Alain Mazars s'intéresse à la Birmanie. Un récit sur l'ascèse et la sainteté. Une proposition aussi sobre que belle. Vincent Ostria

LE MONDE. février 2017.

Alain Mazars propose une entrée dans la Birmanie contemporaine et sa faim de spiritualité. Le résultat est étonnant, et doté d'une réelle beauté. Alain Mazars offre à la méditation un mode d'existence cinématographique hypnotique et riche de sens... Noémie Luciani

POSITIF. février 2017.

Dans cette oeuvre, la sérénité de l'apparence a partie liée avec le mystère des personnes. Mais ce refus de l'éclat possède aussi une portée métaphysique. C'est l'insigne du film : saisir l'instant dans le cadre ... Alain Masson

LES FICHES DU CINEMA. février 2017.

Beau récit d'une triple quête intérieure, ce film pourra dérouter autant qu'envoûter. Gaël Reyre

TELERAMA. février 2017.

Les destins croisés de trois femmes birmanes. « Tout un monde lointain, absent, presque défunt » écrivait Baudelaire. Telle est la tonalité de ce film... Pierre-Julien Marest